BERNARD GIRAUDEAU

Publié le par JIPEHEM

BIOGRAPHIE



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Les Hommes a Terre

 

Silence. Il réfléchit. Il se lève. Il ouvre un tiroir. Il prend quelques photos et les met dans sa poche. Il regarde si on ne l'épie pas. Qui donc l'épierait? Il sourit. Il est fatigué, malade. Il a un cancer du poumon. La bronchite chronique le fait tousser. Il part en voyage avec son fils. Il y a si longtemps. Il est heureux. Tous les deux en complices, comme pour une fugue. Le père et l'enfant. L'enfant a quarante ans. Il doit faire un film en Indochine, c'est le Vietnam maintenant. Oui, il sait! C'est un film sur Saigon aujourd'hui. Il sourit. Ca va faire drôle de revoir cette ville. Il a une bouffée, un sanglot étouffé. Son fils lui a dit: je t'emmène si tu veux! Il a ri. J'aimerais bien. Il s'arrête. Silence. Non, elle ragasse à l'étage. Elle passe la serpillière, ici on rince, dit-elle, c'est comme ça; après ce sera le repassage, le marché, les carreaux, les draps à plier. Elle s'enivre d'activité. Une énergie déconcertante. Quand le corps bouge, l'esprit se repose. Elle ne veut pas réfléchir sur sa vie. Elle ne sait pas, ne peut pas. Une enfance partagée entre la grand-mère et l'absence des parents. Une tendresse de vieux pour une enfance solitaire. C'était bien quand même. Et puis la guerre, la rencontre, le mariage sans savoir que la vie s'apprend un peu avant. Il faudrait le temps de déchiffrer l'autre, l'homme. Il faudrait de l'expérience pour apprivoiser les différences et se reconnaître enfin. Il faudrait. Maintenant, c'est trop tard. Alors elle ragasse, la vaisselle qu'on change de place, les casseroles qu'on bouscule.

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 … Il replia soigneusement celle d'Ange, prit le portrait et attendit le bus. FIN.


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