POLAR
Les deux jambes croisées sur le rebord de son bureau, la chaise chancelante en équilibre arrière, le commissaire Laifeysse réfléchissait au crime odieux qu'il avait à résoudre.
Pourquoi, se demandait-il, avoir assassiné en le tuant le gros Vayré. On l'appellait le gros Vayré parcequ'il était gros et se nommait Vayré. La logique du commissaire l'avait bien trop souvent entrainé vers des solutions de facilité qui ne facilitaient pas toujours le déroulement de ses enquêtes.
On avait retrouvé le corps du cadavre gisant sur le carrelage de sa cuisine ainsi que dans une mare de sang, deux boutonnières également sanguinolentes sur le devant de son poitrail. Il était mortellement tué selon les premières constatations du légiste.
Pourquoi, qui, comment? C'était le devoir du commissaire de le découvrir; Et ça, c'était pas gagné!
D'après les premières constatations, il avait été frappé par un objet à lame de métal terminé par un manche en bois. En professionnel il devina que ce pourrait être un couteau tranchant et pointu, et ce n'était pas une bonne nouvelle, parce que c'est très courant dans une cuisine et ne pouvait pas constituer une piste sérieuse. D'ailleurs, rien n'était sérieux dans cette histoire, puisqu'écrite par Leroidec.
Aucun indice, mais un mobile apparent: le petit téléphone qui trainait au côté du cadavre mortellement troué. Malheureusement, après vérification, le mobile était inutilisable en raison d'un forfait dépassé. Nulle piste, si clabe qu'elle soit, ne pouvait mener à la moindre conclusion, même intestinale.
Laifeysse réfléchissait mollement lorsqu'un vacarme infernal fit basculer la chaise et, ce faisant, choir le commissaire. Ce n'était que le lieutenant Caïnfil qui s'annonçait bruitalement.
- On a un suspect, chef!
- Aïe, aïe…menez-le!
- C'est lui, c'est un sale gosse de banlieue. Le petit Nicolas.
- Ah, ah! Je te tiens racaille. Avoue!
- Oui, c'est moi. Ne me frappez pas, car chair est tendre!
- Je ne te toucherai pas si tu me dis tout.
- Ben, euh, c'est mon prof…
- Quoi?!
- Ben oui, il arrête pas de dire: il faut percer Vayré, alors….
- P'TOH!!!!